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La création collective :
une nécéssité pour faire réseau
Quand Claire HEBER-SUFFRIN parle de création collective

Qu’appelez-vous « création collective coopérative » ?

Il arrive que ce que l’on appelle, parfois, «création collective», n’en soit pas une. Il peut s’agir d’une construction collective, mais si c’est « une personne » qui «fait faire» aux autres, est-ce bien une création ? collective ? Coopérative ?
Il y a « création collective » si chacun y a un rôle créatif. Et, c’est très difficile. Dans toute création collective (d’un mouvement associatif, d’un réseau, d’un atelier d’écriture, d’une mémoire commune, d’un restaurant, d’un bistrot des savoirs, etc.), on n’a pas les mêmes rôles et ça vaut le coup d’identifier les rôles différents. Or, souvent, nous nous laissons piéger par les rivalités, l’image de « meilleurs » rôles, notre pauvreté d’imagination en ce qui concerne les rôles possibles. Plus l’on découvre, et même invente, des rôles différents (pas pour faire plaisir aux gens ou pour les valoriser mais parce qu’on a besoin de leurs singularités), plus l’on a de chance que la création soit vraiment collective. Et c’est en même temps une création collective de rôles différents.
Pour qu’il y ait création collective, il est nécessaire que tous les participants aient conscience, ou prennent progressivement conscience, que c’est une création et qu’elle est collective (et plus on multipliera les rôles, plus on partagera cette conscience).
Au fond la création collective, avant même la création du Réseau, ou d’objets sociaux portés par le réseau, c’est la création coopérative d’un collectif créateur. C’est-à-dire qu’en même temps que nous apprenons à créer ensemble, nous apprenons à coopérer ; nous apprenons à être des créatifs collectifs, des collectifs créateurs, des collectifs solidaires.
Ceci veut dire qu’il faut en permanence et ensemble se poser des questions, mais se les poser sereinement. Nous avons besoin, en un même temps, d’ouverture d’esprit et de sérénité. Dans la création collective, il y a une sorte d’ascèse si on définit l’ascèse comme une disponibilité à l’événement, à tout événement qui peut signaler des possibles et donner du sens. Une attention à tout ce qui peut surgir de la rencontre entre des personnes, entre des idées, entre des expériences et entre des savoirs.

Comment passer d’une création d’échange à une création collective ? Et d’une création collective de vingt participants à une création collective qui pourrait en concerner deux mille ?

Je crois qu’il faut des grandes ambitions, mais réalistes. J’ai le souvenir des paroles de Pierre-Gilles de Gennes, dans une émission de télévision : « les jeunes, on leur propose quoi ? On leur propose des petites ambitions alors évidemment, ça ne les intéresse pas. Et si on leur proposait d’aller fertiliser le désert ! » Il me semble qu’une équipe fédératrice d’une création collective pourrait avoir trois attitudes :
- le « savoir solliciter » autrui, chaque « autrui », pour savoir ce qu’il peut apporter ; mais de façon authentique, qui donne à celui qui est sollicité un sentiment de compétence et de reconnaissance de cette compétence. Je pense que la force extraordinaire du Réseau d‘échanges réciproques de savoirs, c’est le « savoir solliciter ». Au début du Réseau, pour le créer, nous allions solliciter celles et ceux que nous connaissions. C’était la force de la demande qui ouvrait le réseau, plus que la force de l’offre. Avec une demande de savoir, on cherchait, dans tous nos réseaux de relations, qui pouvait y répondre.
- La deuxième chose importante c’est le « savoir demander à chacun » comment lui-même pourrait contribuer à la création collective : « Comment votre échange pourrait-il se concrétiser ? Comment pourriez-vous contribuer à la fête ? Est-ce que vous pourriez en parler entre vous et je vous recontacte… ».
- Enfin, la question des rôles est importante. Il s’agit de travailler ensemble à tous les rôles possibles, imaginables, pour créer un réseau, un projet, etc. En fait, si tous les membres du Réseau avaient un rôle, s’ils comprenaient que ce rôle compte, est essentiel, attendu, à inventer, peut-être alors ces trois attitudes ajoutées à l’ambition seraient-elles facteurs de créations collectives conséquentes. Quand on se donne une grande ambition comme fêter les trente ans dans les Arènes de l’Agora d’Évry, par exemple, il faut diversifier les moyens, inventer une multitude de chemins différents. Cela renvoie bien à la notion de rôles multiples et d’imaginations créatrices recherchées, sollicitées, mises en mouvement, reconnues et reliées…
  

Création Collective
Entretien avec Claire